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Écrire autrement… sans tout réinventer

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Lorsqu’on écrit un roman, l’envie est souvent la même : raconter une histoire qui touche, qui marque, qui reste. Mais dans un paysage éditorial saturé de manuscrits, comment faire émerger le sien ? Faut-il absolument fuir les clichés ? Éviter les tropes déjà vus ? Révolutionner la narration ?


Pas forcément. Mais il faut y mettre quelque chose de soi.


Ce n’est pas ce que vous racontez… mais comment vous le racontez.

Beaucoup d’histoires se ressemblent dans les grandes lignes. Des enquêtes policières, des romances contrariées, des ados qui découvrent qu’ils ont un pouvoir… Cela ne veut pas dire qu’il ne faut plus en écrire. Cela veut dire que le cœur du projet ne peut pas reposer uniquement sur le genre ou le pitch de départ.


Il faut aller plus loin. Chercher l’angle, le ton, l’ambiance, le décalage. Ce petit twist qui donnera une autre saveur à une situation pourtant familière.


Exemples :


Un triangle amoureux ? Pourquoi pas, mais vu du point de vue de la "troisième roue", celle qui n’est jamais choisie, et qui prend le large.


Une enquête ? Oui, mais pourquoi pas menée par un enquêteur atteint d’amnésie qui ne peut se fier qu’à ses sens pour avancer.


Un coming-of-age ? Classique, mais que se passerait-il si l’adolescente rebelle est en réalité… une femme de 40 ans coincée dans le corps d’une lycéenne ?


Ce sont des variations. Des écarts. Des respirations dans un canevas connu. Et c’est souvent ce qui fait toute la différence.


Ces scènes qu’on lit trop souvent (et comment les réinventer)

Certaines scènes ou mécaniques d’ouverture apparaissent tellement souvent dans les manuscrits qu’elles finissent par perdre toute leur efficacité. Pas parce qu’elles sont « mauvaises » en soi, mais parce qu’elles ne surprennent plus. Si vous tenez à les utiliser, il faut les détourner, les bousculer, les tordre.


Exemples

Scène classique / Comment la réinventer


Un personnage regarde le ciel et se dit que « sa vie va changer aujourd’hui »

Et si ce changement n’était pas pressenti, mais au contraire, complètement ignoré ? Montrez un personnage persuadé que rien ne changera… jusqu’à ce que tout bascule.


Une dispute de couple en voiture qui finit mal

Osez inverser les rôles : le passager garde son calme, le conducteur s’emballe. Ou encore, une dispute silencieuse : deux personnes enfermées dans la même voiture, sans un mot, et toute la tension passe par les gestes, les regards, les non-dits.


Un enterrement qui sert d’introduction

Plutôt que la cérémonie, racontez l’après : les heures de silence dans la maison, les objets qui restent, la manière dont chacun tente de reprendre le quotidien alors que plus rien n’est ordinaire.


L’arrivée dans un nouveau lieu (ville, école, job) avec le personnage qui "repart de zéro" Proposez un regard inattendu : un personnage qui déteste devoir recommencer, ou qui connait déjà les lieux en secret. Jouez sur le contraste entre ce que l’entourage croit et ce que le personnage cache.


Une conversation sur la terrasse d’un café, exposant le passé des personnages

Faites surgir l’inattendu dans un décor banal : la conversation est interrompue par un événement absurde, troublant ou intime qui oblige les deux personnages à dévoiler bien plus qu’ils ne l’auraient voulu.


Trouver sa voix : un chemin, pas une injonction

Quand on débute, il est normal d’avoir des tics d’écriture, de reproduire ce qu’on a aimé lire. C’est même souvent par là qu’on commence. Mais à un moment, il faut prendre le risque d’être soi, d’écrire comme on parle, comme on pense, comme on ressent.


Cela peut passer par :

  • Un ton plus oral, saccadé, déstructuré (parfait pour certains récits intimes).

  • Un regard décalé sur une situation dramatique (l’humour noir ou l’ironie).

  • Des champs lexicaux inhabituels pour le genre choisi (par exemple, parler de la maternité comme d’un champ de bataille).


Bref, tout ce qui fait que ce texte n’aurait pu être écrit que par vous.


Pour résumer :

Oui, vous pouvez écrire ce que vous voulez. Mais si vous cherchez à publier, alors posez-vous cette simple question :

"Pourquoi ce texte est-il différent ? Et en quoi est-il personnel ?"


Et souvenez-vous : ce n’est pas l’originalité qui fait un bon livre, c’est la sincérité. L’originalité n’est qu’un outil. La voix, elle, ne se copie pas.

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